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(09/08) Le management de transition en quête de cadre

Né aux Etats-Unis, le management de transition s'immisce peu à peu sur le marché français.

Une niche réservée à des experts aguerris, rôdés à des enjeux stratégiques. Décryptage d'une profession qui se cherche encore.

En quoi consiste le management de transition ?


Apparu en France dans les années 90, le management de transition est une forme de délégation d’experts, intervenant pour des missions souvent stratégiques pour l’entreprise : fusion acquisition, plan social, réorganisation…).

« Les grands groupes font avant tout appel à une compétence qu’ils ne maîtrisent pas, pour accompagner la mise en place de projets nécessitant une expertise pointue. Il peut s’agir par exemple de cadres capables d’intégrer de nouvelles procédures financières, de réorganiser le management ou de gérer un plan social » explique Karine Doukhan, responsable du développement de Robert Half Management Resources.


Quelle est la différence avec l’intérim cadre ? Le distinguo ne saute pas toujours aux yeux. Si par définition le management de transition vise plutôt l’accompagnement de projets, le remplacement temporaire d’un dirigeant représenterait dans la pratique 16 % des missions confiées aux managers de transition, selon le cabinet Robert Half. « La profession se cherche encore, admet Bruno Calbry, directeur du cabinet Immédia.

 

En l’absence de cadre légal, il n’est pas toujours évident de faire la distinction avec une forme d’intérim déguisée ». Sur le plan légal en effet, rien ne régit ni le statut, ni les missions de ces managers atypiques. Les cabinets spécialisés proposent souvent plusieurs types de formules : CDD, rétrocession d’honoraires pour les indépendants, voir portage salarial. Quant à la différence avec des prestations de conseils, elle est également assez ténue : « Les cabinets de conseil sont plus chers et vendent une méthodologie, alors que nous déléguons surtout une expérience, capable d’apporter une plue value technique et managériale » répond Karine Doukhan.


Qui recherche-t-on pour ces missions ?


Avant tout des experts ayant roulé leur bosse (les managers de transition ont en moyenne entre 50 et 55 ans, même si la cible rajeunit vers les quadras selon les cabinets spécialisés).

Les profils les plus recherchés ?

Des experts financiers, juristes ou spécialistes en RH. « Il faut aussi avoir de solides compétences en management pour prendre du recul face à une situation donnée et faire travailler les équipes ensemble » note Karine Doukhan.

Parachuté sur des missions d’optimisation en tous genres, les managers de transition ne sont en effet pas toujours accueillis les bras ouverts.

Néanmoins, « l’image du mercenaire qui va restructurer des pans entiers d’activité a tendance à s’atténuer. Si les missions liées à une période de restructuration représentent 60 % des missions, elles sont en net recul depuis quelques années. Aujourd’hui, on assiste à des demandes opérationnelles plus classiques, comme l’optimisation des contrats de sous-traitance » observe Bruno Calbry. Mieux vaut donc arguer d’une compétence bien spécifique pour se vendre : chez Robert Half, on note par exemple des besoins croissants en managers capables d’étudier les besoins en fond de roulement de grands groupes internationaux, de refondre les procédures internes suite aux normes IFRS, de réorganiser la structure managériale… Les fonctions financières ont notamment le vent en poupe. « Les directeurs financiers sont devenus de véritables bras droit des directions d’entreprise, et ils ont besoin de s’adjoindre des compétences ponctuelles pour répondre au poids grandissant de la législation, notamment vis-à-vis de la transparence des comptes de l’entreprise » explique Karine Doukhan.


Quelles sont les perspectives réelles du marché ?


Faute de syndicat régissant la profession, difficile à dire!

Les estimations très personnelles des cabinets spécialisés évaluent le marché français actuel entre 250 et 300 millions d’euros annuel.

 

Autant dire que le marché reste très restreint en France. Néanmoins, tous les cabinets positionnés sur ce créneau se targuent d’augmenter leur chiffre d’affaires de 15 à 20 % par an.

 

Le marché serait ainsi amené à s’étendre : selon une récente étude du cabinet Rober Half management resources, un tiers des sociétés sondées en France estime que le management de transition est amené à se développer dans les prochaines années.

Les principaux clients ? Grands groupes internationaux, mais aussi PME sous-traitantes ou encore fonds d’investissement.


Peut-on en vivre durablement ?


Avec des salaires moyens basés sur 105 Keuros pour un directeur général ou un directeur financier et des missions en moyenne de neuf mois, on peut sans conteste continuer à bien gagner sa vie en optant pour cette formule.

 

Cependant, ce mode d’exercice reste souvent temporaire, le temps de souffler entre deux CDI ou de tester son marché en vue de la création de son entreprise. « On peut très bien en vivre, mais on y vient toujours par hasard » résume Bruno Caldry du cabinet Immédia.

Signe que pour l’instant, le management de transition est surtout un sas dans une carrière bien remplie.

 

Article paru dans L'expansion.com le 16/09/2008

 

>> voir aussi  l'interview d'un consultant en portage salarial RH SOLUTIONS TOULOUSE (novembre 2010) :

"J'ai géré une mission stratégique comme manager de transition, chez EADS".